| TEMOIGNAGE |
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TEMOIGNAGE
Voilà quatre ans que l’association « Cœur au Ventre » a été créée sur Allauch ( du 7 octobre 2005 au 23 janvier 2007, elle s’appelait encore « Partage et Ecoute » et depuis le 23 janvier 2007, elle s’appelle Cœur au Ventre). Quatre ans à se débattre, rencontrer des gens en souffrance et des gens merveilleux, aller vers les équipes thérapeutique, chercher les moyens d’aider ces filles et ces garçons, ces femmes et ces hommes à s’en sortir, à aider ces familles et à m’aider aussi. Quatre années qui m’ont fait grandir, qui m’ont appris à relativiser, m’ont enseigné la tolérance, la compassion et l’écoute, qui m’ont fait rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés.Quatre années qui m’ont appris à comprendre ma fille et à accepter ce qui nous était tombé sur la tête. Non, ma fille ne faisait pas de caprices, elle ne cherchait pas à nous nuire mais elle appelait au secours. Ma fille a été très malade, elle a frôlé la mort………..J’ai souhaité qu’elle meure pour ne plus la voir souffrir de boulimie-anorexie et d’une autre addiction bien plus dévastatrice. Devant autant de souffrance, comment une mère ne perd- elle pas la raison ? Aujourd’hui, ma fille se porte très bien : elle n’a plus aucune addiction, elle mange comme tout le monde et ne vomit plus ses repas ; elle s’est arrondie et ça lui plaît , ça nous plaît. Elle gardera longtemps sa fragilité, ses rites à chaque repas, ses bonnes raisons pour éviter un repas bien conventionnel en famille mais elle vit, elle est belle et elle a retrouvé le goût de vivre ; elle a la tête pleine de projets.
Ce n’est pas l’association qui l’a sauvée, c’est sûr : l’association nous a soutenus. Avec l’association et l’énergie du groupe, nous avons appris l’acceptation de la maladie , nous sommes allés mieux petit à petit et nous avons appris surtout à déculpabiliser ; du coup les relations entre notre fille et nous se sont assainies et elle est sortie elle aussi de la culpabilité de faire du mal à sa famille. Elle a été soulagée de voir que nous avions trouvé un endroit pour nous épancher sans jugement. Ce ne sont pas non plus les quatorze hospitalisations en hôpitaux et cliniques psychiatriques qui ont sauvé notre fille ; au contraire, dans certains établissements elle était bourrée d’antidépresseurs, anxiolytiques et neuroleptiques et je la voyais s’éteindre doucement et perdre la raison. Les médecins que nous avons rencontrés nous ont bien fait comprendre qu’ils n’avaient jamais vu un cas comme le sien et qu’il fallait se faire une raison : notre fille ne s’en sortirait pas. Peu à peu, elle a fait le vide total autour d’elle et nous avons continué à vivre et à endosser tous les jours une carapace pour éviter qu’on nous parle du problème ; les gens ont fait comme si tout allait bien pour nous et personne n’a plus essayé de se rapprocher de notre fille qui a fini par se retrouver seule. La maladie et la descente aux enfers ont duré 15 années ... Ce qui a aidé ma fille avant tout c’est qu’elle a déplacé la solution qu’elle avait trouvée à son mal-être, car je suis d’accord avec le Docteur Chablis , « le TCA est la solution qu’on a trouvé face à un problème à un moment donné » . Ma fille a découvert la religion, et le cadre du judaïsme (qui me semble si enfermant et si contraignant) lui a permis de se recentrer sur les vraies valeurs et d’aller bien mieux. L’amour d’un homme lui a donné des ailes. Cet homme ne correspond pas aux critères du prince charmant que j’avais imaginés pour ma fille mais elle l’aime et je le remercie d’ avoir cru en elle même quand moi je n’y croyais plus. Je le remercie de n’avoir pas lâché et d’avoir été pendant les 5 dernières années de son calvaire la seule personne qui croyait en elle. Je réalise à quel point j’ai été impuissante ; je ne veux pas culpabiliser mais je dois constater la force de cette impuissance. Ma fille m’a dit qu’elle n’avait aucune rancœur mais qu’elle avait réalisé que pour elle la cigogne s’était trompée de berceau et qu’elle n’était pas née dans la bonne famille. Je lui ai raconté l’histoire du vilain petit canard qui était né dans une famille qui ne lui ressemblait pas et que tous les autres canards rejetaient jusqu’à ce qu’il devienne un beau cygne blanc qui était allé rejoindre les siens… Ma fille est mon petit vilain canard à qui il a fallu 15 années avant de trouver sa vraie famille. Elle va partir vivre en Israël, c’est son pays, c’est sa religion et c’est toute cette foi qui l’a sauvée. Chacune des personnes qui souffrent de TCA doit déplacer son problème et trouver ce qui peut l’aider à vivre. Pas besoin de remuer le passé et chercher ce qui n’a pas été fait , le passé est le passé , il faut apprendre à vivre au présent et chercher ce qui nous aide à aimer la vie. Les gens me demandent si ce départ à l’étranger ne va pas être dur pour moi. Comment être triste alors que ma fille a tant de lumière en elle ? Comment vouloir l’empêcher d’aller vers la vie ? Comment demander à quelqu’un d’avoir mes idées alors que ce sont ces idées et ce cadre de vie qui ne lui convenaient pas ? Le rôle d’un parent c’est avant tout de respecter les choix de son enfant même si on ne les comprend pas. Plusieurs personnes de notre association sont allées mieux en 4 ans. A chaque fois , elles ont quitté l’association parce que reparler de ce trouble les perturbait. Je me suis demandé ce que serait « Cœur au Ventre » si je partais moi aussi , si je n’étais pas en quelque sorte un témoignage vivant d’une renaissance. Ma fille était le cas le plus lourd que nous ayons eu , elle va très bien .
Donc ON S’EN SORT …… «Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie à elle-même.» [ Khalil Gibran ] - Extrait de Le Prophète
Et une femme qui tenait un bébé contre son sein dit, Parlez-nous des Enfants. Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image. Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes. L'Archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin. Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie. Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime également l'arc qui est stable.
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