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Témoignage d'une résurrection Axelle

TEMOIGNAGE 

 

"J'ai traversé pendant douze ans, l'enfer des sens (des non sens devrais-je dire), l'enfer de la folie, l'enfer de la souffrance... ma souffrance.

 

Mon propre enfer invisible à mon cœur, invisible à mes yeux, invisible à mon âme toute entière, m'a donc attrapé il y a bien longtemps, pour une interminable valse, dans les affres de mon inconscience.

 

 

Ces flammes m'ont brûlé sans retour, sans aucune porte de secours et sans échappatoire possible, j'ai été prise au piège…

Seule comme jamais,  j'ai brûlé en enfer.

 J'ai touché le fond, le bas fond de mon âme, ce grand trou noir dont je n'avais pas conscience… ce grand trou noir qui n'était jusqu'alors, qu'un grand vide… un grand vide dont le sens m'échappait, un grand vide qui n'avait pas de sens… un grand vide dans lequel je n'ai jamais osé plonger, de peur de m'y perdre, de peur de comprendre tout ce que je suis, tout ce que j'ai fait, tout ce qui m'a construite, tout ce qui m'a détruite surtout, tout ce que je ressentais, toutes mes peurs et toutes mes angoisses inconnues… un grand vide que je comblais sans cesse de nourriture et de pierres trouvées sur le chemin de ma vie …

 

 Je rêvais régulièrement la nuit de ce vide. Il prenait l'aspect d'un gigantesque ascenseur, attirant mais terrifiant d'incertitudes…  Je montais toujours dedans, et je descendais, descendais  dans une chute vertigineuse sans fin vers le bas fond…et jamais je n'atteignais ce fond car je me réveillais brusquement toute en sueur, persuadée d'avoir échappé au pire…il me restait toujours dans la bouche un petit goût étrange… comme quand je plonge avec délectation dans les immenses vagues de l'océan et que j'en ressors fouettée de bien être, la tête à l'envers, mais avec pour seule réalité de ce moment passé, une saveur salée…

 

  Aujourd'hui je comprends, enfin… Je comprends que c'est mon sang qui est malade… je suis malade de ma famille … chaque particule de sang qui coule dans mes veines leur appartient, tantôt séropositive tantôt séronégative… je suis incapable de me penser sans eux… 

Je comprends… où plutôt j'essaye de comprendre … j'essaye de me saisir à bras le corps pour ne faire plus qu'un avec lui… accepter de me regarder dans le blanc des yeux. Comprendre comment j'ai été capable de renier avec autant d'inconscience tout ce que j'étais, tout ce que je voulais, tout ce que je pressentais… Je me suis tuée afin de ne pas me voir, de ne pas me sentir, de ne pas m'écouter, de ne pas me goûter et surtout de ne pas me toucher autrement qu'en m'éraflant la surface…oui, tuée afin de ne pas être…

 

 Et c'est bien parce que j'étais morte que je ne supportais pas ma présence, ma présence avec tous ses relents de pourriture, ses relents de putréfaction… Moi, le fantôme marionnette, qui ne me sentais exister qu'en présence de tous ces sorciers, de tous ces autres…J'ai toujours eut besoin de l'autre pour me donner vie… mais je n'ai jamais été capable de me donner vie pour moi… Je n'ai eu de cesse de me chercher à travers tous ces miroirs déformants en donnant le meilleur de moi-même mais une fois seule, j'étais incapable de suffire à mes propres besoins et je me donnais le pire… 12 ans à vivre de cette manière, c'est très long, mais quand on vit ainsi, le temps n'existe

pas vraiment..

Mais qui suis-je donc ?

Le jour de la grande révélation à enfin sonné à ma porte :

 

 

Tout est arrivé si vite, comme si j'avais reçu un énorme coup de massue entre les deux oreilles…Je suis restée comme sonnée, abasourdie et j'ai fini par me réveiller à la réalité de mon être…un réveil qui m'a comme fracassé contre un mur, éparpillant comme de vulgaires morceaux de verre tous mes fantasmes de surpuissance et d'impuissance,toutes mes terreurs, tous mes ressentis cachés jusqu'alors, derrière cette façade toute en nature… J'ai une sensibilité à fleur de peau mais je ne le savais même pas tant mes défenses me paraissaient solides et chevillées au corps…

 

Je me suis vue dans le miroir, vue pour la première fois non pas en tant qu'image  mais vue en tant que personne enfin identifiable…Je me suis vue vivante ! C'est comme si  j'avais vécue jusqu'à présent uniquement comme une autiste régit par les émotions des autres et

marchant dans les empreintes des autres…

 

 J'ai hurlé comme une bête, je me suis jetée a terre pour ne plus voir ce masque tordu par la souffrance et la peur … Et j'ai pleuré ma souffrance pour qu'elle arrête de me tordre les tripes… Ma souffrance a coulé sans fin toute la nuit, déversant son flot par tornades … elle m'a rattrapé au moment ou je m'y attendais le moins… elle a mis 31 ans.

 

  Et me voilà, moi, celle là même, qui était incapable de garder un seul repas dans le ventre et qui remplissait tout son temps libre de nourriture, retrouver le vrai goût de la vie. J'ai tenté l'expérience : "garder le ventre plein une journée" et c'était tellement magique que j'ai continué... j'avais oublié que mon corps était capable d'éliminer autrement qu'en vomissant... je ne suis donc pas devenue "obèse", et mon corps à repris ses droits, ceux là même dont il n'avait pas le regard... je le sens enfin vivant.

Comment décrire ce bonheur si simple de manger avec plaisir quand sonne l'heure du repas et de sentir après, son corps emplit d'énergie positive qui sonne son plein ? 

Le cœur était creux, il se gonfle aujourd'hui...

 

 Bien sûr, ce n'est pas facile tous les jours car les tentations rodent et semble rappeler combien se serait facile de rembarquer au moindre soucis. Mais je compte bien m'accrocher et continuer à faire mes expériences positives chaque jour, jusqu'à l'investissement total de mon être.  

Je  souhaite à tous ceux que cette maladie a un jour appelé dans son sein pour les protéger d'eux même et de l'Autre,  de se réveiller, de prendre les armes et de goûter vraiment à toutes les couleurs de la vie.

 

 La vie n'est pas grise... c'est un arc en ciel mais pour le voir il faut lever les yeux ... et y croire.

 

Axelle