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Témoignage de Barbara (18/05/2007)

 voici le témoignage envoyé par Barbara via notre site :

 

Ma vie n’avait rien de particulièrement triste, histoire de souffrances ou de malheur. Je vivais heureuse dans ma famille, elle aussi des plus heureuse je crois.

L’école n’a jamais été une difficulté, même si le système scolaire dans lequel j’évoluais et dans lequel beaucoup de jeunes entrent était des plus exigeant ; en tout cas pour ceux peut être trop faibles qui rentrent dans le jeu de tout faire pour être le ou la meilleure, tout faire pour réussir dans la vie. Moi je suis l’une de celle qui est entrée dans ce jeu, jeu terrible qui pousse à privilégier sa vie professionnelle à toute vie privée et tout réel plaisir.

Les amis, à une époque n’étaient que trop nombreux et on m’associait souvent le dénominatif de « chef de clan », j’aimais organiser des week ends familiaux et amicaux et j’aimais que la maison grouille, qu’il y ait de l’activité, du mouvement, des gens autour de moi.

J’étais souriante, bonne vivante et j’avais un bon coup de fourchette, j’aimais finir les plats

J’avais d’autres hobbies évidemment, la musique, la lecture, les séances cinéma en famille ou entre amis, mais surtout les voyages, la découverte d’un nouveau monde, des nouveaux espaces.

Puis outre certains drames familiaux et personnels que j’ai tu, la vie a fait que tout est devenu beaucoup moins beau. Je n’ai pas fait de crise d’adolescence, comme certains parents s’en plaignent. Non, car en fait je me suis toujours considérée en dehors de la société, à rebours sur les modes, en décalage. Les raisons ? Familiales c’est certain mais aussi sociétales. J’avais une personnalité ainsi construite que je ne pouvais rentrer dans aucune catégorie, aucun cadre, et si à une époque cela n’est pas gênant, à l’adolescence et au moment d’entrer dans la vraie vie, celle des responsabilités, je me suis trouvée dans une situation bien complexe. Devoir se prendre en charge avec tout son passé, ses qualités, ses défauts et devoir les assumer seule. Concrètement je pense pouvoir dire que j’ai bien atteint ce but. J’ai réussi à gérer la vie quotidienne du travail, des études, du loyer, des courses…toujours avec l’aide de mes parents très présents bien sûr. Mais à l’intérieur s’est développé comme un double de moi qui me freine à avancer, qui me prive de tout plaisir et de tout bonheur, de toute envie, de tout désir.

Je suis 2 et ce 2 me est le petit diable qui mange mon corps et mon esprit depuis 6 ans.

Parfois il disparaît un peu, m’oublie, peut être va-t-il voir quelqu’un d’autre et cela m’inquiète pour cette personne. Parfois il est constamment présent et prend le dessus me forçant à rester la plus seule possible pour le battre. Parfois ces deux bonhommes sont à égalité et je tente de les stabiliser pour donner une image un peu plus positive de moi.

Ce petit diable m’a conduite à l’hôpital, à la dernière seconde avant de m’emmener vers ce qu’il souhaitait un autre monde sans lumière. Cette étape m’a ouvert les yeux sur certains aspects de la vie, sur ce que voulait dire repos, sentiments, calme, sérénité, vie…Mais le combat de l’hôpital est un autre combat, chose que ne sait pas dans notre société, car on croit qu’en y entrant on va se battre mais avec l’aide des médecins. Or, je peux par expérience, vous dire qu’il faut se battre pour montrer qu’un malade n’est pas le même que celui d’avant, que l’anorexique n’est pas forcement une manipulatrice, qu’elle a une réelle personnalité qui je crois doit être le premier élément à prendre en compte pour tenter de la sauver. Il faudrait aussi je crois qu’au moment où la malade commence à sortir de son isolement, elle retrouve les gens qu’elle aime, les gens qui peuvent l’aider au jour le jour à sa sortie, au lieu de vouloir l’en éloigner et surtout éviter tout contact. En effet, les théories du 19ème siècle sur cette maladie préconisent cette idée mais nous sommes au 21ème siècle et il faut évoluer. Il y a des théories qui tiennent sûrement toujours mais d’autres sont à exclure totalement pour éviter ce qui m’arrive aujourd’hui et que je veux combattre pour les autres aussi et surtout.

A ma sortie de l’hôpital, j’ai mis des mois avant de réapprendre à vivre entourée, à appréhender de nouveaux repères, nouveaux après la maladie mais aussi après l’enfermement dans une chambre sans possibilité de bouger, sans intimité, en surveillance constante. En fait je n’avais plus vécu en liberté physique et mentale jusqu’à ma sortie de cet hôpital. J’ai retrouvé les gens, les goûts, les couleurs, les plaisirs de la vie. Puis le rythme de la vie de tout le monde, des « gens normaux » a fait son retour et il a fallu à nouveau trouver une place. Mais quelle place ? Lorsque j’étais anorexique (toute maigre, toute hyperactive…) j’avais une vie certes en marge de la société mais que je connaissais, que je savais gérer. A ma sortie de l’hôpital, je n’avais plus ma peau d’anorexique car j’avais regrossi, je mangeais à peu près normalement, je trouvais une nouvelle vie. Mais j’ai échoué dans sa gestion et je me suis donc retournée vers ce que je connais : la souffrance, la destruction, ne sachant me construire une place dans cette société….

J’apprends à subir ma vie et non à la vivre mais je suis là, j’erre souvent sans but ou avec des objectifs mais qui me font peur donc que j’abandonne souvent. Si je témoigne ce soir, c’est pour que les malades d’abord, les médecins ensuite, et toute personne qui lira ce message comprenne que cette maladie n’est pas qu’une maladie réservée aux jeunes femmes malheureuses de par leur vie personnelle, mais que certains aspects médicaux, sociaux et structurels doivent être modifiés pour aider ces personnes et peut être aussi la société elle-même, vers plus de tolérance et d’ouverture….

Merci et courage à tous, ensemble