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Marie Christine (maman)
Marie Christine (maman)
 

Allauch le 14 juillet 2006  

Ma fille Julie est boulimique depuis l’âge de 16 ans, elle a à présent 26 ans et se bat quotidiennement contre cette maladie, contre une autre addiction, et surtout contre le regard des autres et le manque cruel en matière de thérapie adaptée en France. 

Nous nous sommes rendus compte trop tard de sa souffrance, une boulimique ou une anorexique peut cacher très longtemps son état à ses proches. De là, découle une incroyable et insoutenable culpabilité qui détruit la vie de la malade et notre vie à nous ses parents, mais aussi celle de tous les gens qui nous aiment et qui ont aimé notre fille.

Nous avons essayé les établissements dits spécialisés mais nous nous sommes aperçus que notre fille faisait en fait des stages dans des asiles d’aliénés. Je trouve lamentable que cette maladie ne soit pas soignée en médecine générale. Nous nous sommes aussi tournés vers des ténors de la pédopsychiatrie, là grande désillusion puisque, même ceux qui sont très médiatisés n’ont aucune solution et refusent les boulimiques âgés de plus de 18 ans.

Passés les 18 ans, il ne reste que les cliniques psychiatriques où nos filles sont confrontées à des personnes ayant souvent de très lourdes pathologies, on m’a même dit au téléphone que puisque ma fille était majeure, son problème ne me regardait plus.

Un jour, désespérée, j’ai envoyé des « bouteilles à la mer », une seule personne m’a répondu, je suis allée la rencontrer à Paris et je ne la remercierais jamais assez pour l’accueil plein de compassion qu’elle m’a offert. Depuis, ma fille est toujours malade, mais elle se bat, moi, j’ai une écoute et des conseils et surtout j’ai découvert des gens fabuleux, malades ou pas, qui se mobilisent  pour un  combat contre cette maladie dont on parle peu mais qui est pourtant en recrudescence dans notre pays.

Horrifiée par les chiffres (entre 8 et 10% des femmes,  pour celles qui l’avouent, connaissent ce trouble !!) j’ai décidé de monter une autre association à Allauch près de Marseille, la mairie m’a fait un accueil magnifique et j’ai été étonnée de constater que dans mon entourage il y avait autant de personnes concernées.

La boulimie et l’anorexie ne sont que l’expression d’un profond mal-être qui peut être dû à des causes très différentes, le regard des autres, le sentiment de ne pas être aimé, le deuil , le viol etc…..  

La société impitoyable rejette les femmes qui ne rentrent pas dans un moule bien défini par les médias. Les filles qui n’ont pas confiance en elles, pour se sentir aimées, veulent rentrer dans ce moule, elles doivent donc imposer à leur corps un traitement drastique qui les fait peu à peu tomber dans la dépendance... 

Hier je parlais à une danseuse professionnelle très mince (trop mince !) qui me disait avoir à perdre encore trois kilos pour pouvoir être sélectionnée, elle m’a avoué que beaucoup de danseuses « se faisaient vomir » pour pouvoir correspondre aux critères imposés. Je veux me battre et je pense qu’il faut s’unir pour aider nos enfants à se débarrasser de leur fardeau.

Il faut qu’on réhabilite nos filles et nos garçons (1 cas sur 10) en souffrance et qu’on ne parle plus de l’anorexie ou de la boulimie à voix basse avec un sentiment de honte et de culpabilité. Si nos enfants se sentent aimés pour ce qu’ils sont et acceptés, si nous, parents, repoussons ce sentiment de culpabilité qui nous ronge, peut être qu’on pourra repousser cette maladie, en redonnant confiance à nos enfants.

Le 29/01/2007 Je viens de relire ces lignes, actuellement la France semble se réveiller parce que plusieurs mannequins, obligées de devenir anorexiques pour rentrer dans des vêtements taille 34, sont mortes ou bien hurlent leur désespoir devant les médias. 

Oui, il faut hurler la souffrance de ces filles qu’on oblige à maigrir toujours plus pour « l’esthétique », si tant est que nous puissions encore parler d’esthétique pour des femmes qui mesurent 1.80m et qui pèsent une quarantaine de kilos.Le malheur c’est la spirale infernale dans lesquelles ces femmes tombent, elles sont maigres et risquent leur vie mais ont une vision déformée d’elles-mêmes et se voient obèses alors qu’elles n’ont plus que la peau sur les os.

Il y a une sorte de jouissance à maîtriser ainsi son corps, sa sensation de faim, à l’inverse, la boulimique, elle, ne maîtrise plus rien quand elle est victime de ses pulsions, alors elle dévore et se dégoûte tellement qu’elle est obligée de vider cette nourriture en même temps qu’elle vide le dégoût qu’elle a d’elle-même. Elle est aussi maigre que l’anorexique et rejette en même temps que cette nourriture, le calcium et le potassium dont son corps a besoin…

Comment peut on aider ces filles à ne pas tomber dans cette maladie ? : Déjà en réhabilitant la femme–femme, c’est à dire celle qui a des fesses, du ventre et des hanches et porte une taille 38 ou 40. Mais ce n’est pas tout évidemment, elles ont une hyper sensibilité qu’il faut apprendre à décoder au quotidien.

Comment se soigne cette maladie ? Personne n’a la réponse, en tout cas, pas en regardant ces femmes comme des bêtes curieuses, mais en les aimant parce que c’est de cela qu’elles crèvent : du manque d’amour qui les pousse à n’importe quoi pour se sentir aimées. Ce que je peux ajouter ici, c’est qu’en quelques mois, à Allauch quelques filles commencent à aller mieux et à regarder l’avenir avec un regard positif. On peut dire qu’une ou deux s’en sont sorties.