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Julie L (17ans)

Julie (17 ans)

Petite, j'étais une belle enfant, douée, responsable, raisonnable, indépendante, intelligente. Mes parents n'avaient pas grand-chose à me reprocher. J'aimais la vie, et chaque jour je la croquais à pleine dent. 

A mes 13ans j'ai été violemment jetée dans le monde des adultes, je me suis rendue compte que la vie que j'avais idéalisée n'était pas faite que de belles choses. 

J'ai fait croire à tout le monde que j'avais accepté et surmonté cette réalité ; je continuais à vivre pleinement, j'étais brillante à l'école, à la danse (que je pratiquais plus de 15 heures par semaine), j'étais une bonne amie, une bonne déléguée de classe, une bonne fille et une bonne soeur. Je m'investissais pleinement dans tout ce que je faisais mais en réalité c'était pour oublier combien j'étais blessée. J'ai commencé à faire attention à ma ligne, j'ai voulu perdre 2 kilos et comme je me sentais bien et forte j'ai continué à en perdre... C'était tellement agréable, j'avais l'impression que je contrôlais TOUT, mon corps, mes notes à l'école, mes performances à la danse, mes rapports avec les garçons, avec les autres. J'avais l'impression de maîtriser ma vie. Heureusement pour moi je me suis rendue compte très vite que mes comportements étaient anormaux, je mentais sans cesse, je faisais croire à mes parents que je mangeais avec mes amies et à mes amies que j'avais déjà mangé, je trichais pour éviter les repas, je refilais mes sandwichs aux autres, je vomissais tous les repas de famille, les repas où j'avais dépassé ce que je m'étais autorisée à manger. 

Il m'a fallu beaucoup de courage mais c'est moi qui ai alerté mes parents, impuissants face à ma perte de poids, qui s'emballait de façon importante, ils ont cherché de l'aide. Au début de l'été, les médecins ne s'inquiétaient pas trop, à la fin de l'été, j'étais incapable d'avaler quoi que ce soit et sur le plan somatique j'étais devenue tellement maigre qu'on m'obligea à rentrer le plus vite possible dans un service d'endocrinologie pour, avant de soigner ma dépression, mettre faim, HO PARDON, fin à mon état de marasme. Pendant 2 ans, j'ai passé 14 mois à l’hôpital. 

N'ayant pas soigné mes blessures, elles se sont infectées, elles m'ont rongée et un jour je me suis effondrée....... Je suis tombée dans une anorexie critique et dans une grande dépression. Durant cette période, j'ai connu dans le désordre : la souffrance, le stress, la peur, le mal être, le dégoût, l'hôpital, les vomissements, les scarifications, les malaises, la faiblesse physique, les pleurs, les cris, les ts, la perte de cheveux, un duvet sur la peau, le froid glacial constant, la fatigue, l'incapacité de réfléchir, de me concentrer correctement (je n'arrivais même plus à lire une ligne ni même à regarder la tv), j'avais perdu mon sourire et ma liberté. Je souffrais, je souffrais énormément... constamment et j'étais responsable de cette souffrance. 

Quand j'y repense c'était horrible à vivre mais j'avais l'impression que cette souffrance m'était nécessaire. Après analyse je m'aperçois qu'il y a plusieurs étapes dans la maladie et plusieurs sentiments : l'incompréhension, le sentiment d'être totalement perdue, la solitude, le manque de vide, le besoin de "la maladie" car avec elle on se sent forte, l'impression de contrôler sa vie et puis il y a cette envie de toucher le fond ; de frôler la mort. 

Frôler la mort...c'était mon but et je l'ai atteint. 

Aujourd'hui je ne comprends pas ce qui m'a fait réagir comme ça ; je suis choquée par ma connerie. J'ai bien failli y passer, rien que d'y penser maintenant ça me fait peur mais il n'y a pas longtemps ça ne me touchais même pas un peu.

Le pire c'est que dans mon histoire j'ai toujours eu une part de lucidité et de conscience des choses ce qui ne m'a pas empêché de dépérir et je trouve ça grave. C'est grave mais c'est aussi ça qui m'a sauvé et qui m'a empêché d'être anorexique pendant plus longtemps. 

Je suis sortie de ma dernière hospitalisation en août 2006 et depuis je vais vraisemblablement beaucoup mieux ; je ne dit pas que je suis totalement guérie car les tca font encore partie de ma vie (il n'y a pas si longtemps je faisais encore des crises de boulimie) mais ils ne l'envahissent plus, je prends de la distance avec eux et aujourd'hui je me suis stabilisée à un poids normal, j'ai un copain, je peux re-danser tant que je veux et surtout, même après avoir pris plus de 20 kilos, je me sens plus libre et légère. La force qui m'a permis d'aller mieux c'est celle que j'ai gagnée le jour où je me suis aimée ; car quoi que j’aie pu faire, quoi que j’aie vécu, je ne mérite pas cette souffrance et vous non plus.