| Conférence « L’Intelligence du Cœur » |
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Conférence « L’Intelligence du Cœur » Isabelle Filliozat & Francine Baraban Samedi 27 Octobre 2007 25ème anniversaire de S.O.S Amitié Toulon-Var
Et puis, enfin, Isabelle Filliozat et Francine Baraban sont entrées en scène. Et il s’agissait bien d’une « entrée en scène » puisque les deux psychothérapeutes ont débuté cette conférence peu commune en se mettant en scène : F. Baraban a « joué » celle qui avait peur de parler en public et I. Filliozat l’a aidée à comprendre, à décoder ce qui se cachait derrière cette peur, qui en fait n’en était pas une ! Parce que bien souvent l’on fait la confusion : l’on dit « J’ai peur » alors que l’on devrait dire « J’ai le trac ». Et le trac est quelque chose dont on a besoin. Il permet d’avoir la puissance. On le reconnaît à ses diverses manifestations physiques, physiologiques : le cœur qui s’accélère, la bouche qui se dessèche, les mains qui deviennent moites, l’estomac qui se contracte, le ventre qui se tord…
Mais voilà… On ne nous a pas appris - que ce soit à l’école ou à la maison - à reconnaître, à identifier les symptômes du trac, et de façon générale, à exprimer nos émotions. Bien souvent, l’on nous a dit ou fait comprendre que l’émotion c’était un truc pas bien, quelque chose que l’on ne devait pas ressentir… Qui ne s’est pas entendu dire étant petit : « ne pleure pas », « tais-toi », ou encore « sois sage », « n’aie pas peur »… Et cet exemple de la fillette de 5 ans qui se promène avec sa grand-mère et qui lui dit « Mamie, mon pull il pique ». Ce à quoi la grand-mère répond : « Mais non, il pique pas ton pull. A moi il me pique pas alors que je suis douillette » !Alors plutôt que d’exprimer ses émotions, l’enfant, qui écoute son entourage, apprend à les nier, les annuler…
Et c’est bien dommage parce que les émotions disent qui nous sommes. Elles définissent notre identité. Elles traduisent le mouvement de la vie à l’intérieur de soi. Il faut écouter ce que l’on sent à l’intérieur, sinon il y a perte de contact avec soi. Les émotions sont universelles. Et elles sont physiologiques. Elles ne durent que quelques minutes. Les sentiments sont quant à eux des élaborations mentales. Ils durent beaucoup plus longtemps. « E-motion » signifie étymologiquement parlant : « mouvement vers l’extérieur ». C’est une indication, un signal qui nous informe sur ce que l’on sent, ce que l’on ressent. Toutes les émotions ont un sens : · la colère traduit une frustration, une injustice, une humiliation… · la tristesse signifie la perte, de quelque chose ou de quelqu’un · la peur nous informe d’un danger · la joie & l’amour, qui gagnent en intensité à être partagées… Exprimer une émotion c’est se soulager, se décharger.S’il y a refoulement de l’expression de l’émotion, tôt ou tard il y aura un retour, sous la forme de rêve, de phobie, de maladie somatique… Antonio Damazio, dans « L’erreur de Descartes », analyse le cas du patient Elliott, lequel a un problème de préférence. Il n’arrive pas à se décider entre tel et tel jour pour un prochain rendez-vous avec le médecin. Il ne sait pas préférer. Pour préférer, il faut pouvoir être en contact avec ses émotions, avec les marqueurs somatiques des émotions. En fait, Elliott souffrait d’une tumeur au niveau du cerveau frontal. Et Damazio a fait le parallèle avec un certain Phineas Gage, âgé de 25 ans en 1848, qui, après perdu une moitié de cerveau, n’arrivait plus à faire les choses de façon cohérente.
Pour revenir aux enfants, pourquoi leur interdit-on d’avoir des émotions ? Parce que la négation, la répression de l’émotion permet l’obéissance. Parce que, bien souvent, l’obéissance facilite les choses. C’est plus simple en effet lorsqu’il n’y a pas d’émotions à gérer. C’est plus facile d’édicter des règles à faire respecter par l’ensemble des individus plutôt que de tenir compte des individualités… Que ce soit en famille, à l’école, ou en société d’ailleurs… L’obéissance est toxique à partir du moment où l’on n’éduque pas les gens à prendre conscience, à être responsables d’eux-mêmes et de leurs actes. Faire ce que l’on nous dit de faire est tout le contraire de l’apprentissage de la responsabilité. A l’école, l’on n’apprend pas le civisme mais l’obéissance aux lois. Tenir compte d’autrui, c’est d’abord avoir appris à tenir compte de soi.Et l’on peut écouter les émotions des autres lorsque l’on sait écouter les siennes. D’où l’intérêt d’amener les enfants à ressentir par eux-mêmes ce qu’ils éprouvent. Exprimer une émotion c’est en quelque sorte se faire réparation. Comme une voiture que l’on cabosse et qui part chez le garagiste une fois le constat rempli. La carrosserie peut alors être réparée. Les blessures non soignées de l’enfance (les bosses non réparées !) se retrouvent une fois adulte. Et elles deviennent un sac, plus ou moins lourd, que l’on se trimballe. Si l’on ne décode pas l’émotion de l’autre, que l’on ne l’écoute pas, et donc que l’on ne la valide pas, l’autre va renier cette émotion. Il va la refouler. Les émotions non exprimées risquent de ressurgir des années après. La peur, à laquelle se rajoute le sentiment d’impuissance, se change alors en terreur. La colère devient de la rage. Pour résoudre ces problèmes de décodage des émotions, les nôtres ou celles des autres, il faut faire appel à l’intelligence du cœur. Il faut développer sa capacité à sentir les émotions, à mettre des mots sur ses ressentis, à les décoder. Pour soi dans un premier temps. Et puis ensuite pour l’autre.L’on a tous besoin d’écoute. L’écoute est un espace qui permet de sortir ses émotions. Etre écouté (sans jugement) permet de se réconcilier avec soi, de valider et reconnaître ce qu’il y a en soi. Avoir à entendre les émotions de l’autre peut faire craindre d’avoir à affronter ses propres émotions. Et il est difficile d’écouter l’autre quand on n’a pas pu s’écouter soi-même. Il faut faire l’effort d’écouter le point de vue de l’autre. Parce que l’on oublie que l’on a chacun une vision, une perspective. Faire cet effort, c’est comprendre l’autre. Alors, comprendre, c’est savoir écouter… |


