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Suis-je coupable ?

Les TCA (Troubles du Comportement Alimentaire) et la culpabilité

 

Suis-je coupable ?

 

"La vocation de l'humanité n'est pas la souffrance mais la joie, elle n'est pas la culpabilité du péché, mais la liberté de la jouissance réfléchie et partagée." Robert Misrahi

 

Pendant des années, j'ai vécu des troubles très spécifiques : les TCA. Grâce à une thérapie, je peux désormais mettre des mots sur ce que je vivais dont un sentiment omniprésent et oppressant de culpabilité. C'est ainsi que, plus spécifiquement, je me sentais :

 C'est ainsi que, plus spécifiquement, je me sentais :

 

•  coupable d'être une fille : un garçon ayant plus d'opportunités de par son sexe ;

 

•  coupable de ne pas être parfaite : j'avais le désir viscéral d'être irréprochable ;

 

•  coupable de manger tant la peur de grossir m'obsédait : plus particulièrement, anorexique, en introduisant de la nourriture, je me sentais sale. Une petite voix pleine de culpabilité me rappelait constamment mon interdiction d'enfreindre cette "loi" absolue. Boulimique, le fait de devoir me soustraire à cette pulsion me remplissait de honte, d'autant plus après avoir été une personne si volontaire avec l'anorexie. Je me sentais très humiliée, mais je ne pouvais faire autrement tant je voulais tenter de faire taire toutes les angoisses qui m'assaillaient. Or le comble des TCA était que plus je me sentais coupable de mes crises de boulimie, plus j'en faisais. Et plus je cédais à mes pulsions, plus l'estime de moi-même diminuait au point de me sentir dans un état de déchéance totale. J'avais si honte de moi que je me renfermais complètement sur moi-même avec cette peur indicible que l'on vienne à découvrir la "bête" qui me possédait ;

 

•  coupable de vivre avec ce corps : je méprisais les instincts et les besoins primaires comme l'appétit, la fatigue, la libido, etc. Effectivement seul le mental était digne à mes yeux. Par ailleurs, je ne voulais surtout pas prendre de formes et de rondeurs féminines notamment pour être à l'abri du moindre regard de la gent masculine. Enfin, je ne supportais pas l'idée de grandir et de rentrer dans le monde des adultes tant celui-ci me semblait injuste et cruel ;

 

•  coupable d'être une personne qui ne correspondait pas aux attentes des gens et surtout de ses parents : chaque remarque, chaque reproche et chaque jugement me tourmentaient. J'avais continuellement le sentiment de décevoir tout le monde ;

 

•  coupable d'être sensible : un mot, une intonation, un regard, un geste me blessaient ;

 

•  coupable d'être émotive : je ne voulais absolument rien laisser paraître par peur de sembler ridicule ou puérile, mais les émotions, si instables, m'effrayaient. Je rêvais de pouvoir les anesthésier définitivement pour ne plus jamais souffrir. Effectivement, je n'étais absolument pas capable de les gérer ;

 

•  coupable de ne jamais être comme les autres car trop vulnérable, trop idéaliste (j'avais le désir utopique d'être aimée de tous) et trop naïve : je craignais tant les autres que, ne sachant guère me défendre, je préférais rester seule ;

 

•  coupable d'être incapable de m'exprimer : écrasée par la timidité et l'absence de confiance en moi, les mots ne pouvaient sortir. J'avais le sentiment que personne ne s'intéresserait à ce que je dirais tant j'étais insignifiante ; en effet, combien de fois avais-je constaté que même ma famille et mes proches ne m'écoutaient et ne me connaissaient pas réellement ? 

 

•  coupable de ne pas pouvoir me laisser aller comme tout le monde : car je voulais en permanence être "dans le contrôle", attitude qui me rassurait. Ainsi toute attente, tout imprévu, toute désorganisation de la vie quotidienne me mettaient dans un état d'insécurité extrême ;

 

•  coupable de ne pas me sentir à la hauteur : n'ayant pas d'estime de moi-même, tout défi et tout projet étaient à mes yeux une nouvelle source d'angoisse ;

 

•  coupable de ne pas pouvoir dire "non" : j'avais si peur d'être rejetée, abandonnée, trahie, critiquée et humiliée, ou encore de blesser quiconque (sachant trop bien ce que c'était). Je me sentais perpétuellement divisée, voire lâche et n'arrivais plus à me regarder en face tant je répondais "oui" parce que je désirais plaire à tous ;

 

•  coupable de vivre "à côté", mais pas "dans" ce monde : je portais un "masque" constamment parce que tout m'écorchait vif ;

 

•  finalement coupable d'être née et d'exister. Ne trouvant guère "ma" place, je me sentais de trop, vide et anormale.

 

Par conséquent, une personne atteinte de TCA est fortement imprégnée de culpabilité. Ce sentiment finit par la faire plonger dans les idées noires, la dépression et une solitude accablante.

 

Ainsi si vous voyez une de ces personnes, vous saurez dorénavant que derrière sa profonde tristesse, sa lassitude, ses humeurs changeantes, ses troubles du sommeil, sa déconcentration et ses silences se cachent une très grande souffrance.

 

Or sachez que votre nouveau regard et votre nouvelle compréhension peuvent éventuellement alléger un peu sa peine, voire faire naître l'espoir en l'aidant avec douceur et patience notamment à renouer avec la vie et à avoir enfin confiance en elle.

 

 Vittoria Pazalle   

source : http://www.enfanceetcroissance.com/