| ELLE OU MOI |
ELLE OU MOI
Sous ce trouble blessant qui fit d’abord de moi un être chétif et inviolable, puis une créature massive et inanimée, se cache un étrange esprit sectaire, fait de contradictions générales puis détaillées et d’oppositions focales.
Deux consciences partagent un même espace étriqué. Ma conscience inconsciente et corporelle, parfois naissante, souvent mourante, mais toujours espérante, guidée par sa jumelle dominante, une conscience malsaine et spirituelle, parfois égarée, souvent morbide, mais perpétuellement présente. Un être divisé assymétriquement en deux extrémités qui ne luttent aucunement pour un même état, mais qui se cherchent un jour prochain, difficile pour l’une, définitif pour l’autre. L’une corps survivant sans cesse étouffée par l’autre esprit vivant, philosophe d’un monde irréel et obscur, nécessairement artificiel.
Leur seule unanimité n’est qu’un homonyme identique. Une vérité surgissante naît bien précocement, une vérité poursuivante presque incompréhensible et complètement assourdissante. L’incarnation d’un égoïsme pas si égoïste que ça. Sept lettres connectées pour un être humain déconnecté personnellement et dessoudé d’une réalité intérieure, parfois visuelle. Soûlé par sa réalité, et dessoûlé de La Réalité. En balancement entre deux existences, vivre l’idéalisme ou survivre à bout de bras. Un dédoublement précis exhume des blessures irrationnelles, amoncellements d’oxymores. Le narcissisme de l’autre assassin d’un égoïsme intérieur. Meurtre lent et froid d’une Emilie enfin consciente de sa désincarnation par une Emilie inconsciente de sa réalité, mais trop consciente de La Réalité. Le rejet de vivre pour soi attisé par la proximité d’une solitude éveillée il y a quelques années. La nécessité de l’autre. Le besoin de ses yeux pour me voir, et de ses mots pour exister vivement, pour lui, injustement. |


