| Les "comorbidités" , intervention d'Angelique GIMENEZ, vendredi 4 décembre 2009 |
|
C’est Angélique , notre intervenante qui a fait elle même le compte rendu de son intervention, compte rendu instructif et très complet sur le trouble alimentaire.
Merci Angélique d’être venue d’aussi loin ( près de Draguignan) pour ce groupe de parole.
Ce soir, nous sommes 19 autour de la table, il y a 5 nouvelles personnes et un père qui accompagne sa fille. Nous recevons Angélique GIMENEZ psychothérapeute, présidence de l’antenne de l’association du Professeur RIGAUD de Dijon, à Draguignan. Angélique, guérie de l’anorexie, la boulimie et de mérycisme (rumination humaine), est venue nous parler des troubles associés au trouble alimentaire (comorbidités). Elle nous a fait un compte rendu que je vous mets ci après sans rien changer à son texte. Le sujet de ce soir : Les comorbiditésD’après Philippe Courtet professeur au CHU de Montpellier (Le professeur Philippe Courtet est l'une des grandes personnalités du monde de la psychiatrie. Il est chef de service de psychiatrie et de psychologie médicale au C.H.U. De Montpellier) Les comorbidités psychiatriques sont très fréquentes dans le TCA •Dépression, dysthymie: 50-75% •Trouble bipolaire: 6-13% •TOC: 25% dans AN •Phobie sociale •Abus de substances: 20% dans AN (surtout purging), 1/3 des BN •Troubles de la personnalité: > 50% •Abus sexuels: 20-50%
Discussion autour de la table : ( idées relevées ci et là qui n’ont pas toujours un rapport avec le thème ) Au sujet du groupe de parole :F apprécie le groupe de parole parce qu’il n’y a pas de thérapeute , on se sent en sécurité parmi des gens qui ne jugent pas et qui vivent la même chose …. B trouve que l’association fait un bien fou, on ne se sent plus seul dans cette galère … Au sujet des comorbidités : On a entendu dire souvent qu les personnes qui souffrent de troubles alimentaires sont bipolaires , cela est certainement dû aux sécrétions d’hormones arbitraires….Parmi les différentes addictions liées au trouble alimentaire on oublie trop souvent de parler de l’addiction aux médicaments… Au sujet du non-dit : G , une nouvelle parmi nous : mes parents ne savent pas ce que je vis , ils ne connaissent pas mon trouble. Réponse d’un membre : ils sont dans le déni Un autre membre : tu dois te poser la question de savoir si TOI tu as envie de le leur dire ... Au sujet du conflit de loyauté : appelé aussi aliénation parentale, l’enfant prend les souffrances des parents et les manifestent par un trouble. D’après Iván Böszörményi-Nagy, psychiatre américain : Les conflits de loyauté sont inhérents à la vie car les attentes transmises par les familles sont forcément différentes. La famille peut toutefois aider à résoudre les contradictions ou considérer la prise de choix comme une trahison. Si les attentes sont floues, la loyauté se manifestera sous une forme invisible et ces liens s'exprimeront de façon indirecte (ex: une jeune mère cède son enfant à sa mère pour balancer les loyautés entre les générations...)
Compte Rendu d’AngéliqueCette présentation est destinée aux malades ou à l’entourage de malades de TCA dans le cadre d’un groupe d’échange. Elle se veut « légère » et accessible à tous. Elle empreinte aux écrits, plus « professionnels » du professeur RIGAUD notamment. Je vous invite à visiter le site de l’association : www.anorexie-et-boulimie.fr qui vous donnera des compléments d’informations et des liens vers des professionnels et des bénévoles, qui collaborent aux soins des malades souffrant de TCA et à l’accompagnement de leur entourage. Cette association a aussi vocation à former les professionnels et à organiser la prévention dans les collèges et les lycées. Une antenne se développe dans le VAR. Trouble du Comportement Alimentaire ou TCA: Nous avons trois mots qui vous donnent déjà trois grands axes de ces maladies, parfois classées dans les addictions, parfois distinguées de ces dernières…je n’entrerai pas ici dans ce débat et m’attache simplement aux trois termes : Troubles : Nous comprenons immédiatement que les personnes atteintes portent un mal-être. Il y a des troubles du comportement mais aussi de la pensée, de la gestion des émotions et de la relation. Derrière le trouble apparent (les comportements « atypiques » autour de la nourriture), il y a des troubles psychologiques et relationnels à considérer. Comportement : Le comportement « anormal » autour de l’alimentation n’est pas le seul comportement révélateur de ces pathologies et plusieurs seront à aborder. Je rappelle juste ici qu’une conduite alimentaire, comme manger de la soupe le soir, relève de l’habitude (sociale, culturelle…) et se distingue du comportement alimentaire qui correspond lui à une « réponse comportementale » du sujet mise en place pour s’adapter à des stimuli émotionnels internes ou externes (nous sommes là dans des stratégies d’adaptation pour mieux gérer une émotion, un besoin mal identifié…). Le comportement est associé à un ressenti profond et ne peut pas être modifié aussi aisément que peut l’être une conduite. Alimentaire : ce mot renvoie à l’alimentation qui occupe plusieurs fonctions dans la vie humaine, la première étant vitale: se nourrir pour vivre. Mais l’alimentation sert aussi de lien entre les humains; elle nous permet de donner, de partager et de faire et prendre du plaisir dans le simple fait de la sensorialité mais aussi dans la convivialité. Comorbidité : ce sont les troubles, pathologies et séquelles qui sont en lien direct avec la pathologie initial qu’est le TCA. Ces troubles associés sont par définition les conséquences du trouble initial qu’est le TCA mais il est parfois difficile de savoir si le trouble associé n’a pas été antérieur au TCA, le TCA ayant été le révélateur.
Quelques chiffres : Anorexie: Elle toucherait environ 1,5 % des personnes de sexe féminin, entre 15 et 45 ans. Ceci représenterait en France de l’ordre de 240.000 personnes.
Boulimie : Elle toucherait environ 3 à 4 % des personnes de sexe féminin, entre 15 et 35 ans. Ceci représenterait en France de l’ordre de 400.000 personnes. Une étude faite en Bourgogne part l’association suggère que la boulimie n’est pas plus fréquente dans la population des jeunes filles et jeunes femmes de 15 à 25 ans (4,8 %) que dans celle des 25-45 ans (4,2 %).
Compulsion alimentaire : Elle toucherait environ 6 à 8% des gens, entre 15 et 55 ans. Ceci représenterait en France de l’ordre de 500.000 personnes. Mais la marge d’erreur est importante (pas de registre). Une étude faite en Bourgogne part l’association suggère que la compulsion sévère touche tout autant les gens de 20-30 ans que ceux de 30-50 ans. Les compulsions mènent parfois à l’obésité. A l’heure actuelle, la fréquence de l’obésité est estimée à 15 à 25 % de la population adulte (selon les régions), si l’on prend comme valeur seuil un indice de masse corporelle de 27 kg/(m)2. La fréquence est de 8 à 10 % chez l’adulte si la valeur seuil d’IMC est fixée à 30 kg/(m)2. Elle est de 2 % chez l’enfant. La fréquence de l’obésité est de 15 à 25 % de la population adulte Française selon les régions. Il reste à ce jour plus aisé d’être pris en charge pour son obésité que pour le trouble du comportement alimentaire… Rappel des différents TCA: Les TCA se déclinent selon les pathologies suivantes, l’anorexie et la boulimie étant les plus connues et les plus répandues : L’anorexie mentale : elle correspond à un refus de se nourrir de peur de grossir et a une perception erronée de l’image corporelle. L’anorexie peut être restrictive (restriction alimentaire très sévère) ou mêlée à des prises alimentaires moins restrictives mais suivies de vomissements ; on parle alors d’anorexie-boulimie ou d’anorexie de forme boulimique. Les malades sont très minces à maigres et camouflent leur corps sous des vêtements amples. La boulimie : c’est l’ingestion hors des repas de quantités impressionnantes de nourriture en un temps bref, sans plaisir ou presque, suivie d’un fort sentiment de culpabilité. La « crise » se termine par des vomissements qui apportent un soulagement (à la fois physique –abdomen douloureux- et psychologique – se punir de sa faiblesse) et permet de ne pas grossir. La pensée anorexique et la peur de grossir est omniprésente. Les malades sont donc très minces. Les compulsions alimentaires : c’est la répétition plusieurs fois par semaine de prises alimentaires compulsives, avec l’absorption d’une grande quantité d’aliments, avec un sentiment de perte de contrôle mais sans peur de grossir et avec un certain plaisir. Les malades sont des personnes fortes à obèses. La frénésie alimentaire : c’est une compulsion poussée à l’extrême, avec l’ingestion d’une grande quantité d’aliments choisis. Il y a un fort sentiment de perte de contrôle mais le phénomène inpulsif est ingérable et la personne doit répondre à ce besoin irrépressible, y compris dans la rue ou chez des amis. La violence verbale, l’agressivité, l’usage d’alcool et de stupéfiants, les conduites à risques y sont souvent associés. Le grignotage pathologique : c’est la consommation d’aliments « prêts à l’emploi » par petite quantité, sans y penser, hors des repas au long de la journée. La personne consomme sans même sans apercevoir, avec un besoin d’avoir quelque chose en bouche en permanence pour se calmer. Les personnes sont donc sujettes à un surpoids. Les ruminations ou mérycisme : c’est l’acte de faire remonter dans sa bouche puis de déglutir à nouveau des « bouchées « d’aliments qui viennent d’être avalées. C’est un acte involontaire et sans effort mais dont la personne à tout à fait conscience. Usuellement, on trouve ces pathologies chez le nourrisson ou la personne sénescente mais aussi dans le cas des sujets boulimiques au long court. L’orthorexie : ce mot vient des mots grecs "ortho" (droit) et de "orexie" (appétit). Une personne atteinte d'orthorexie est tellement préoccupée par le fait de "bien manger" que cela en devient une pathologie. La préoccupation alimentaire est d'ordre qualitatif et non quantitatif : ces personnes ne se préoccupent pas de leur poids, elles veulent seulement avoir une alimentation saine. Elles prévoient des repas de secours lorsqu'elles savent qu'elles ne mangeront pas chez elles ou qu'elles ne pourront pas contrôler le repas. Lorsqu'elles ont "failli", elles durcissent encore leur consommation alimentaire pour "effacer" la faute.
Les troubles inhérents aux TCA (conséquences directes indéniables) : Ø Ceux qui sont physiques et/ ou visibles : L’image corporelle : une maigreur excessive, la minceur associée à un visage bouffi, l’embonpoint excessif… Pour qu’on en fasse un symptôme à proprement parlé, il faut que l’image corporelle de la personne ne lui convienne pas. Pour les autres, c’est plutôt une suspicion du symptôme. Pour le corps médical, c’est l’indice d’une dénutrition ou mal nutrition potentielles et de carences. Ce sont donc des symptômes à venir possibles (anémie, perturbations cardiaques du fait d’un déficit en potassium, décalcification…). Pour estimer les risques, on part de l’IMC. Le comportement alimentaire : la difficulté à partager des repas par exemple. Plus largement il y a l’existence de croyances erronées sur la nourriture et les risques associées. Il y a un détournement de la fonction alimentaire et de l’usage des aliments qui sont chargés un vide bien plus vaste que le vide de l’estomac ! Les comportements hors alimentaires : compulsions, hyperactivité***, stratégie compensatoires (usage de laxatifs, diurétiques, coupe-faim…) Ø Ceux qui ne sont pas visibles (du moins à court et moyen terme) : La dénutrition ou malnutrition avec des carences ou des excès portant sur des éléments vitaux (calcium, cholestérol, hormones**, potassium, fer…), l’obésité. Les dysfonctionnements des cycles menstruels (aménorrhée, dysménorrhées) et de la procréation (stérilité, grossesse à risques, accouchement difficile). Les troubles associés aux TCA (concomitants ou conséquents) : Ø Ceux qui sont physiques et/ ou visibles : Les comportements: isolement, automutilation, rituels (TOC), la potomanie… La fatigue ou fatigabilité (essoufflement, suée, tremblements…) L’impact sur les cheveux, phanères, peau: sécheresse, rougeur, fragilité… Le gonflement et les douleurs des maxillaires dans les cas de boulimie et compulsion alimentaires Les fractures : dans le cas d’une trop grande décalcification ou d’un surpoids trop important Le gonflement des membres inférieurs et de l’abdomen : rétention d’eau, perturbation de la circulation… La perte des dents : dans le cas de la boulimie, au-delà de 10 ans, on perd une dent tous les deux ans à cause de l’attaque acide. Les co-addictions**** (et leurs risques): usage de psychotropes (alcool, médicaments), le tabac pour anesthésier encore les émotions. Fumer pour moins manger par exemple… Ø Ceux qui ne sont pas visibles (du moins à court et moyen terme) : La décalcification (ostéoporose), l’anémie, l’excès de cholestérol, diabète de type 2* Pseudo- syndrome de Raynaud Les dysfonctionnements cardiaques Hyper et hypotension artérielles Les lésions et perturbations du tube digestif : oesophagite, reflux gastrique, pancréatite, colopathie
Hypersalivation Insomnies/ hypersomniesIncontinence Les perturbations de la sexualité Les perturbations de l’humeur (qui laissent penser à des troubles bipolaires, schizophrénie…), l’anxiété, les états dépressifs***** et suicidaires Divers : *Les TCA, sauf l’anorexie mentale, sont 2 fois plus fréquents chez les diabétiques de type 1 que dans une population contrôle. ** Les mécanismes de l’adaptation au jeûne sont connus en partie : diminution de la sécrétion des hormones thyroïdiennes et de la leptine, augmentation de la sécrétion de cortisol, réduction du débit et de la fréquence cardiaque, réduction de la température corporelle, mais aussi état dépressif larvé. *** Les mécanismes de l’augmentation des postes de dépense énergétique sont aussi mieux connus : augmentation de la masse maigre, augmentation des activités métaboliques liées au niveau augmentés de la charge énergétique du repas et de l’activité physique. **** Un lien corrélatif existe entre TCA et consommation ou abus de substances addictives. Ceci concerne avant tout les malades qui souffrent d’une forme boulimique de l’anorexie mentale et de boulimie. Ceux qui sont atteints d’anorexie restrictive sont en règle peu ou pas consommateurs de substances illicites. Ils peuvent en revanche utiliser sédatifs, somnifères et amphétaminiques en excès. Les mécanismes de cette association TCA-substances addictives reste mal compris. Il faudrait mieux préciser le moment d’apparition de chacun d’eux, mieux caractériser l’étendue des problèmes qui existent chez les TCA lors d’un recours à l’usage de substances. Il est également nécessaire d’assurer une prise en charge simultanée du TCA et de l’abus de substances par une meilleure approche comportementale. Il existe un lien entre trouble du comportement alimentaire (TCA) et tabagisme.Ces liens ne concernent que les malades souffrant de forme de TCA à forte composante « compulsive » : forme boulimique d’anorexie mentale (AMB), boulimie à poids normal (B) ou compulsions alimentaires (C).A l’inverse, les malades atteintes d’anorexie mentale restrictive fument moins, moins souvent et sont moins dépendantes du tabac que les trois autres groupes (AMB, B et C) et même que les témoins.
***** La dépression est fréquente dans la boulimie. Elle en est un des facteurs causaux mais aussi une des conséquences. Il faut la prendre en charge. Ceci peut se faire soit grâce à des médicaments antidépresseurs « inhibiteurs de la recapture de la sérotonine », soit grâce à la sonde nasogastrique et à la nutrition entérale. |
|||||||



