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Comment accepter les échecs, la non maîtrise de l'image que je donne de moi ? vendredi 25 nov 2010
Intervention le 26 novembre à l’association Cœur au Ventre à ALLAUCH Présence d'Angélique Gimenez , psychothérapeute, le compte rendu nous est offert par Angélique 

Comment accepter les échecs et la non-maitrise de l’image que je donne ?

 

Ce sujet a été proposé anonymement.

  

Ø               Accepter les échecs ? C’est accepter ses limites, son humanité et se donner le droit à l’erreur.

 

L’échec s’oppose à la réussite mais, ne pas réussir, ce n’est pas forcément échouer. C’est faire une expérience qui ne permet pas d’obtenir un résultat désiré mais nous enseigne qu’il convient de prendre un autre chemin, une autre voie.

 

Réussir, c’est atteindre un objectif. L’objectif doit être précis, réalisable et nous devons nous en donner les moyens. Tout objectif doit être écologique, c'est-à-dire respecter l’équilibre de la personne malgré le changement envisagé.

 

Perdre 10 kilos en 15 jours ou ne pas reprendre de poids alors qu’on pèse 30 kilos pour 1,60 m, constituent-ils des objectifs écologiques et réalisables ?

 

Si l’on place «  la barre trop haute », l’objectif devient irréalisable et renvoie directement la personne au sentiment de ne pas être à la hauteur, à une mauvaise estime d’elle-même et participe à conforter ses croyances (je suis nulle, je ne réussis jamais rien…).

 

Vouloir maitriser l’image de soi, son poids, sa silhouette, ses envies, ses besoins même peut-il être un objectif ? Quelle motivation concrète trouve t- on derrière cela ?

 

Ø      Qu’est ce que je veux me donner de vraiment important quand je veux maigrir, grossir, arrêter  crises de boulimie ? Le vrai objectif en profondeur est là ? Je veux de l’amour, me sentir libre, sereine…

 

Ø      Sa concrétisation, en lien avec le poids et le mieux être sera l’amaigrissement pour les unes, la prise de poids pour d’autres…. La variation de poids sera une conséquence du mieux-être, comme elle l’a été du mal être.

 

Ø      Cet objectif doit dépendre de moi.

 

Il doit être réalisable : avec quels moyens, en partant de quel état actuel, avec quelles étapes peut-être ?

 

Quels avantages vais-je en tirer ? Quels inconvénients ? Autrement dit, quels avantages peut-il y avoir à rester dans l’échec ?

Quelles peurs derrière la réussite, le changement, quels efforts pour maintenir un nouvel équilibre ?

  

En premier lieu, il convient de définir ce qu’est l’échec et la réussite pour chacun ? Comment c’est pour vous d’être dans l’échec ? Dans la réussite ?

 

Chaque erreur, échec, est une invitation à s’y prendre autrement pour passer d’un état présent à un état désiré, sous réserve que cet état désiré soit respectueux de nous-mêmes, de notre équilibre.

 

La rechute, la récidive nous montre que nous avons avancé sur le chemin de la réussite mais sans avoir suffisamment considéré le caractère écologique de l’objectif, sans avoir respecté nos peurs, nos limites du moment. Cela nous invite à un recadrage de notre objectif, peut-être plus accessible.

 

Pour éviter de se mettre en échec, il est donc essentiel de définir un objectif réaliste, réalisable et de se faire éventuellement accompagner pour le mettre à jour.

 

Dans quelle illusion sommes-nous quand nous nous acceptons uniquement dans la réussite ? A quelles injonctions parentales répondons-nous quand nous continuons à mettre la barre trop haute ou à rester dans le « ESSAYER DE » plutôt que d’envisager de réussir ?

 

Pour rendre fructueux ses échecs, il convient de se donner la droit à l’erreur et/ou à une progression plus lente mais plus solide et réaliste. Nous avons aussi le droit de nous aimer quand nous ne réussissons pas, pas pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes intérieurement.

 

Echouer ou réussir, c’est aussi n’envisager qu’un « tout » ou « rien », comme si le monde était « noir » ou blanc ». Cette façon de penser aussi radicale (que l’on appelle savamment la « dichotomie ») est une constante dans les TCA, comme si nous avions grandis dans ce monde  avec le tout ou le rien, le bien ou le mal, le beau ou le laid…Et si nous envisagions que le monde peut, sans être gris :) , se décliner en demi teinte, en arc en ciel de nuances et d’une réussite qui serait d’accepter l’équilibre entre l’échec total et la perfection !

 

Les réactions des personnes présentes (personnes souffrant de TCA ou leur entourage) :

 

Certaines voient une autre option, le renoncement.

 

Nous pouvons d’ailleurs entendre le renoncement comme renoncer, capituler, ou comme lâcher-prise, relâcher… Nous percevons que derrière le renoncement, on peut envisager ce qu’une personne vivra comme un échec pour elle, ou bien au contraire comme une réussite. Dans tous les cas, renoncer permet de laisser tomber les enjeux et une énorme pression. Ce peut être une vraie avancée vers plus de sérénité que de ressentir moins de pression, ou bien, une potentielle évolution vers un état de dépression. Le renoncement doit rester juste pour la personne et n’intervenir que lorsqu’elle le vit comme un soulagement et non pas une perte, qu’elle peut le percevoir comme le signe d’une évolution et tourner la page en douceur.

 L’objectif résonne chez certaines personnes, comme toujours inatteignable. Notre discussion nous permet de voir combien il est essentiel de vérifier si cet objectif est réalisable; du moins, dans un premier temps, avec les moyens que nous avons et sans maltraiter notre corps et notre esprit.   

Comment accepter les échecs et la non-maitrise de l’image que je donne ?

 Ø               La non-maitrise de l’image que je donne ? C’est s’accepter tel qu’on est et, surtout, pouvoir accueillir le regard des autres.

Quelle image de moi ? Celle dans le miroir ? Celle dans les yeux de l’autre ?

 

Les humains sont dotés de neurones-miroir et seule la perception de leur image leur permet de savoir qui ils sont et à quoi ils ressemblent. Du moins, c’est l’enjeu du stade du miroir, chez le petit enfant, qui comprend qu’il est un autre que sa mère parce qu’il découvre son reflet dans le miroir. Et peu, à peu, vérifie ce qu’il voit dans les yeux de sa mère, miroir si important pour être sûr d’exister et d’être reconnu.

 

Quand je ne suis pas satisfait de l’image que je donne ? Est-ce vis-à-vis de moi ? Des autres ? En référence à qui, à quel projet de moi ? A quelle image de la femme ou de l’homme ?

 

Nous comprenons facilement que la non-maitrise de l’image de soi est associée à l’échec pour nombre de personnes souffrant de TCA, échec de ne pas pouvoir maitriser, choisir, modeler notre forme humaine. Echec en regard d’une image idéalisée de soi, de la femme, des attentes de nos parents… Ne pas accepter notre image, c’est refuser notre humanité, notre condition évolutive, notre métabolisme fait de transformation tout au long de la vie. C’est vouloir maitriser notre métabolisme si sophistiqué ! Dans le TCA, c’est surtout vouloir maitriser au moins cela…Si je ne peux pas rendre le monde prévisible, irréversible et donc le maitriser, si nombre de choses m’échappent, alors je veux au moins pouvoir être maitre de mon physique !

 

Le sentiment de maitrise que l’on peut avoir au début du contrôle alimentaire est bien éphémère. Notre cerveau prend temporairement le pas sur notre corps, des pensées comme « je dois maigrir pour être jolie… » prennent les commandes sur la sensation de faim.

 

Le corps répond très vite aux premières restrictions mais rapidement, il va envoyer des messages au cerveau, messages inconscients ceux-là, qui échappent à notre pensée : carences en sérotonine, en glucose, en lipides qui mettent en péril l’ensemble du corps, cerveau y compris !!! Rappelons qu’en termes physiologiques, séparer corps et cerveau est une aberration ! Si vous pensez vaincre votre corps, votre faim grâce à votre esprit, c’est un leur ! C’est le cerveau lui-même qui reçoit les messages de détresse des capteurs sensoriels et enclenche de façon compulsive une crise de boulimie ou une compulsion alimentaire. Il répond à un stress physiologique et prend des mesures d’urgence pour vous préserver en vie. Celui que vous pensiez maitriser pour qu’il maitrise le reste du corps est un traite !!! Ou plutôt, il est le garant de votre vie et sa principale mission est de vous garder en vie, à tout prix.

 

C’est ainsi que d’une illusion de maitrise au départ, nous arrivons à l’opposé et à ce sentiment de lutte perpétuelle, de paradoxe entre deux parts de nous qui luttent : l’une pour manger, l’autre pour ne pas manger !

 A la maitrise apparente du cerveau, nous arrivons à une totale désorganisation du corps et de l’esprit et à une image de nous-mêmes qui ne peut jamais nous satisfaire tant la lutte interne nous empêche de nous poser à un moment donné et d’apprécier un résultat satisfaisant de l’image de soi.  

S’accepter, c’est accepter de faire confiance à son corps et à son esprit associés. C’est faire le deuil d’une image irréaliste, qui ne peut pas être nous, c’est accepter notre unicité sans chercher à ressembler à…C’est se laisser découvrir qui nous sommes et comment nous évoluons. Regardons –nous comme une pièce unique, belle de son originalité.

 

Le trouble du comportement alimentaire, c’est être la sorcière dans Blanche-Neige qui trouvera toujours une femme plus belle qu’elle. C’est aussi être Blanche-Neige qui mange des pommes parce qu’on lui a raconté que la pectine empêche d’avoir faim et veut garder la ligne. C’est tomber dans le piège et s’endormir durant de longues années, empoisonnée, coincée entre le rôle de victime et de persécuteur de soi-même. A ce conte là, perdue entre le rôle de la sorcière et de Blanche-Neige, on ne maitrise plus rien et on se retrouve enfermé dans un monde de paradoxes où seul le miroir est gagnant !

 

L’antidote, c’est de choisir d’écouter la voix du prince charmant, celle qui peut encore arriver à vous dire que vous avez de jolis yeux, un joli sourire, de belles mains…Seriez-vous vraiment plus heureuse si vous étiez une reine de beauté ? La maitrise de l’image de vous-même ne serait-elle pas une diversion pour mieux fuir ce que vous ne pouvez pas maitriser ailleurs ? Alors, prenons, chaque aspect en considération :

 

-        faites-vous accompagner psychologiquement pour pouvoir faire face au quotidien, retrouver une certaine maitrise de votre vie et, surtout, un peu d’estime de vous.

 

-        Faites-vous accompagner nutritionnellement/ médicalement pour mieux répondre à votre épanouissement corporel tout en respectant votre harmonie corps-esprit.

 

Sortir du TCA, c’est l’échec des illusions, du paraitre et la réussite d’être enfin soi-même.

 Vous êtes une personne de valeur et vous n’êtes pas née pour vivre enfermée dans un monde d’illusion et dans un corps-prison. Vous êtes là pour apporter votre valeur ajoutée d’être unique et pour porter le droit à la différence et à la tolérance…et tenter l’aventure d’un juste équilibre.  

Les réactions des personnes présentes (personnes souffrant de TCA ou leur entourage) :

 

Dans les personnes présentes, certaines ne se sont jamais attachées à vouloir faire évoluer leur image, n’y prêtent pas attention. Le TCA exprime davantage leur quête d’identité : Qui suis-je, quelle est ma place ?

 D’autres ont véritablement décidé de la modeler pour pouvoir ressembler à…un cadavre dans certaines situations de lien profond à un défunt.

Nous nous interrogeons tous sur l’image de nous-mêmes, celle que nous voyons dans le miroir :

 

est - elle vraiment juste ? Mes yeux sont-ils des interprètes fiables de la « réalité ». Certaines disent, fonction de mon état du jour, je ne me vois pas pareille… « C’est très fluctuant, comme la fumée qui sort de la lampe d’Aladin… » - fonction des jours, plus ou moins génial ce génie !

 

Notre esprit remanie notre image en fonction de notre état interne !

 

Certaines personnes disent : « je ne me voyais pas dans l’obésité, ce sont les autres qui me disent que je suis mieux depuis que j’ai mincis », « je supporte le regard des autres, mais pas le mien ».

 

A la question « comment tu te vois », la réponse peut être « je ne me pèse plus ; j’ai pris du recul, je le ressens différemment ». D’autres témoignent que si jeunes elles avaient du mal à se supporter, luttaient contre les kilos, depuis qu’elles ont fait une thérapie, elles s’acceptent. Elles confirment que la maladie d’une de leur proche leur a permis une remise en question et un pas vers plus de sérénité pour elles-mêmes.

 

Pour certaines personnes extérieures à ces troubles du comportement alimentaire et de l’image de soi, c’est un vrai étonnement (chargé d’une grande empathie !) de découvrir autant de souffrance derrière l’image de soi et la quête de son identité.

 

Nous voyons donc que l’image n’est pas systématiquement un problème pour toutes les personnes atteintes de TCA, certaines personnes arriveront à s’en détacher davantage mais elles garderont les mêmes questionnements autour de l’identité et de leur place.

 

Nous observons, sur le petit échantillon de population que nous sommes que les personnes le moins en souffrance avec leur image sont des hommes ou des femmes qui ont déjà pris du recul par rapport à la maladie et accepter une part de leur identité, trouver une place (ou leur place !). Ce sont aussi pour plusieurs des personnes qui ont trouvé un conjoint (le prince charmant !) qui les a acceptés tels qu’ils sont ou étaient.

 

Plus nous intégrons notre identité, plus nous nous acceptons (et même nous aimons), plus notre image devient acceptable pour nous-mêmes. Comme si enfin l’enfant avait pu trouver un miroir qui lui laisse découvrir qui il est et qu’il est aimable !

 Comme si Blanche-Neige et sa belle-mère pouvait enfin s’accepter dans leur différence et pouvait se renvoyer mutuellement une belle image de leur féminité !enfin être